3ème place sur The Round Martinique Regatta

Ça n'aura pas été simple, mais quel bonheur !

Je n'aurais pas pu rêver mieux pour la première régate de ma vie, sur mon île en solitaire sur mon bon vieux Canquin ! Je me suis inscrit à cette course conscient que la tâche ne serait pas simple. Seul concurrent en solitaire avec l'un des bateaux les plus anciens de la flotte. Il aura fallu compter sur la connaissance du plan d'eau et être transporter par le message que je porte avec Canquin : lutter contre la drépanocytose !


Arrivé la veille du départ à Fort de France, Canquin est amarré le long du Malékon de Fort de France. Je contacte le comité d'organisation de course et me retrouve à la réunion des skippers a lieu sur le village de la course installé sur le front de mer.



La grande question est de savoir quelles ambitions avoir sur cette course? Difficile à dire étant donné que je n'ai jamais couru ! J'ai participé à beaucoup de courses mais seulement en tant que photographe, confortablement installé sur un bateau presse! Maintenant je suis skipper et équipier à moi tout seul et une chose est sûr, je ne veux pas être ridicule! Je peux comme d'habitude compter sur les conseils de mon coach Pascal qui depuis la métropole me guide notamment sur les départs.

The Round Martinique Regatta

La course se déroule en trois manches :

Jour 1 : course dans la baie de Fort de France à réaliser un parcours entre des bouées

Jour 2 : Fort de France - Sainte Anne, une manche très attendue mais très physique...

Jour 3 : Sainte Anne - Fort de France avec du vent portant entre Sainte Anne et les Anses d'Arlet puis la bataille au près dans baie de Fort de France


Pour fair courir des bateaux de tailles, conceptions et vitesses différentes, chaque bateau a un handicap ou "rating". Le principe consiste à pénaliser un bateau récent et performant en accordant une minoration du temps mis sur le parcours par un bateau moins performant. Cela est une façon de mettre à égalité tous les bateaux sur l'eau et de mettre en avant la stratégie et le talent des équipages. C'est là que ça se complique pour moi car j'ai décidé de courir en solitaire. Il va donc falloir se battre, être malin et décliner la meilleure stratégie. Avant la course j'ai pris soin de vider un maximum Canquin car, comme vous le savez, vivant à bord depuis plusieurs mois Canquin avait pris du poids !


1ère manche : découverte et belle surprise !


Le départ n'est pas trop mauvais pour un premier mais je ne parviens pas à rattraper les bateaux de tête plus grands et donc plus rapides que moi. Les conditions de navigation sont idylliques: mer plate, entre 12 et 17 noeuds de vent d'est... Canquin est toutes voiles dehors et je profite de cette belle navigation sous le soleil de mon île chérie, tellement heureux et fier de faire ma première régate ici avec mon Canquin! Je passe la ligne d'arrivée un peu déçu par la sensation de n'avoir pas été assez performant, et pourtant, une belle surprise m'attend...



La belle surprise arrivera en fin d'après-midi avec les résultats du jury... Deuxième place pour nous!!! Merci le rating!

La soirée est plutôt calme et je dors comme un bébé.

2ème manche : le couteau entre les dents !


La ligne de départ est à la même place que la veille, je prends meilleur départ mais les plus rapides partent si vite que c'est un peu frustrant! C'est à ce moment que la tactique et la chance peuvent être deux alliées de choix! Et pour être chanceux soyons audacieux, ça je sais faire...


Le parcours nous mène dans un premier temps vers une bouée située dans la baie nord de Fort de France puis c'est un grand bord de portant jusqu'aux Anses d'Arlet. Les premiers concurrents arrivent sur la bouée de dégagement et abattent en direction Cap Salomon. J'ai un petit avantage sur eux, je descends mieux dans le vent et parcours ainsi moins de distance. Arrivé au Cap Salomon nous sommes au coude à coude... La bataille dans ce lieu de vent faible commence... J'en sors en tête!


Nous arrivons ensuite à un changement d'allure à la hauteur de Grande Anse et Anse d'Arlet bourg. Les bateaux sont rapides et dans un mouchoir de poche deux des concurrents me doublent. Les autres ne sont pas loin derrière moi, je dois serrer le vent au plus près en arrivant à Petite Anse d'Arlet.

Mais je n'ai pas dit mon dernier mot! Nous arrivons au Rocher du Diamant et le vent vient maintenant en face de nous. Nous allons donc tirer des bords jusqu'à la ligne d'arrivée à Saint Anne. J'ai à nouveau un avantage car Canquin a été construit pour remonter au vent de près! Celui qui gagnera sera celui qui ira le plus vite ou celui qui parcourra le moins de distance pour atteindre la ligne d'arrivée. Mon avantage à un prix, celui de faire mes virements de bord seul avec un génois de 60m2! Entre l'énergie déployée et la chaleur, un virement de bord est égal à un litre d'eau consommé!

Les choses se passent plutôt bien et je sens une légère fébrilité de mes concurrents qui ne parviennent pas à me distancer. Je suis à la poursuite d'un Hanse 43, une vraie bête de course! Il remonte moins bien au vent que moi mais il a un génois auto-vireur! A chaque virement de bord du Hanse je lui emboîte le pas, sauf que son équipage a un moindre effort à faire pour virer de bord. J'ai même l'impression qu'ils jouent avec mes nerfs et s'amusent à virer de bord pour que je me fatigue! Puis, je remarque qu'ils partent trop à l'extérieur du plan d'eau et s'exposent ainsi au courant du canal de Sainte Lucie. C'est bon pour mes affaires ça! Virement après virement, et quelques litres d'eau plus tard, j'arrive enfin à creuser l'écart et franchis la ligne peu avant eux. Je passe en deuxième place du classement général!

Manche 3 : ratée !


Pour rallier Fort de France depuis Sainte Anne, c'est en premier du vent portant puis du près. Le vent va monter dans la matinée pour atteindre presque trente noeuds. Le départ est donné et je joue la carte de la sécurité ne voulant pas abîmer Canquin... Le départ se fait au coude à coude sauf pour trois concurrents qui partent du mauvais côté sur la droite du plan d'eau avant de revenir à fond sur la bouée de dégagement.


Une fois la ligne passée Thunderboat avec sa super vitesse me double et passe la bouée de dégagement. Manque de chance j'arrive presque en même temps que ces trois gais lurons. Je suis tribord amure donc prioritaire mais je sens que la situation n'est pas claire. Pensant à Canquin avant tout, je choque mes voiles pour les laisser passer plutôt que de risquer la collision. Les trois bateaux me passent devant et s'envolent en direction du Diamant m'envoyant directement sur la bouée! J'étais au près serré et le fait de choquer mes voiles m'a fait perdre du cap pour franchir la bouée de dégagement. Mais la tuile est que je me retrouve coincé par le safran sur le bout de la bouée...

Un bateau comité arrive pour me dégager et je repars en quatrième vitesse à la poursuite des petits copains. J'en rattrape et double trois mais pour les autres c'est impossible. J'arrive sur la ligne d'arrivée exténué mais heureux car je viens de finir ma toute première régate!


Malgré tout, c'est une belle troisième place pour Canquin, pour l'APIPD et surtout pour toutes les personnes malades de la drépanocytose pour lesquelles j'ai couru fièrement!


Un immense merci à l'organisation de la course The Round Martinique Regatta, à mon super coach Pascal, à l'APIPD et à mes partenaires, notamment Espace Plongée Martinique, partenaire particulier pour la régate, pour sa confiance MERCI!


Article Organisation course sur Canquin : cliquez ici